Parue dans le quotidien La Nouvelle Expression de ce jeudi 31/08/2017

En rapport avec les dispositions du Code de justice militaire et comme le Social democratic front (SDF) l’a toujours réclamé et inscrit dans ses résolutions, Mr BIYA vient d’ordonner l’arrêt des poursuites judiciaires contre les leaders anglophones injustement incarcérés depuis le déclenchement de la crise dans le Nord-ouest et le Sud-ouest.

Quoi qu’étant le tout premier responsable du pourrissement de cette crise, Mr BIYA vient tout au moins de désavouer solennellement ses collaborateurs pyromanes et autres Goebell des tropiques qui n’ont eu de cesse de clamer sur les plateaux Tv et radio que la solution à cette crise réside dans la condescendance, le mépris ou le jusqu’au-boutisme outrancier.

Il convient de prendre acte de cette décision présidentielle qui, quoique opportune, intervient tout de même tardivement. Mieux vaut tard que jamais.

Pour que cette décision ne soit pas interprétée comme une mesure cosmétique et opportuniste dictée par les récentes évolutions observées au niveau des institutions internationales dans le cadre de cette crise, il est dans l’intérêt du peuple camerounais tout entier que Mr BIYA, en plus de procéder à la réparation et à l’indemnisation de toutes les victimes de cette crise, ne délègue plus la fonction présidentielle dans la résolution de cette crise. Dans des crises majeures qui engagent l’unité et même l’intégrité de la Nation, on ne saurait déléguer la fonction présidentielle aux ministres et collaborateurs.
Vu dans ce sens, Mr BIYA aurait dû ne pas se contenter des rapports biaisés qui lui parviennent mais descendre dans les deux régions concernées pour toucher du doigt les réalités du terrain. Il n’est plus question de tergiverser ou de jouer à la politique de l’autruche. Mr BIYA doit se rendre à l’évidence que la crise actuelle est plus que jamais politique. On ne saurait résoudre une crise politique avec des mesures uniquement administratives ou judiciaires.
On résoud une crise politique avec des mesures essentiellement politiques. La decrispation réelle et l’apaisement total tant souhaités passent par un dialogue national inclusif, franc et sincère au sujet de la forme de l’État qui mérite d’être questionnée et débattue au cours d’une conférence constitutionnelle qui pourrait être suivie d’un référendum populaire.

Il serait par ailleurs contreproductif de masquer le problème fondamental de cette crise politique à savoir la remise en cause de la forme de l’État avec tout ce que cela comporte comme mécanismes de dévolution des pouvoirs politique et économique. A partir du moment où tous les camerounais de bonne foi sont d’avis que la décentralisation à échoué du fait de l’absence de volonté politique alors que ce concept est inscrit dans la Constitution du 18 janvier 1996, soit depuis 21 ans, il y’a lieu de s’arrêter un moment et surtout de reconnaître qu’il est urgent de passer à autre chose notamment au fédéralisme qui est la forme de l’État que propose le SDF.

En prélude à cette consultation populaire, Mr BIYA gagnerait dans l’urgence à faire une adresse à la Nation au cours de laquelle il reconnaîtra en toute humilité l’échec de la décentralisation tout en égrènant les causes de cet échec. Et surtout qu’il tire après ce discours toutes les conséquences qui s’imposent en sanctionnant ses différents collaborateurs et autres hauts fonctionnaires qui, malgré les lois et décrets existants, ont érigé des écueils dans le processus de décentralisation.

Joshua N. Osih
Premier Vice-président national du SDF
Député de la Nation

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